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Assemblée nationale

Des établissements scolaires bientôt évalués avec le concours des parents ?

Le rapport des députés Régis Juanico (app. socialiste) et Marie Tamarelle-Verhaeghe (LREM) est le prélude au débat sur l'évaluation dans l'Education nationale attendu début 2019 à l'Assemblée nationale.
3 min
AFPAFP

Régis Juanico (apparenté socialiste) et Marie Tamarelle-Verhaeghe (LREM) remettent jeudi leur rapport sur "l'organisation de la fonction d'évaluation du système éducatif". Leur conclusion : "L'Éducation nationale n'a pas une vision claire sur ce que les élèves apprennent et sur la façon dont ils apprennent."

Les deux députés, dont les travaux ont duré un an, insistent sur la nécessité d'évaluer davantage les élèves et surtout leurs établissements. Une prise de position qui devrait satisfaire Jean-Michel Blanquer qui a fait de l'évaluation un des axes majeurs de sa politique, notamment dans les collèges et les lycées :

En France, il y a toujours une pointe d’angoisse derrière le mot évaluation (...) Mais on ne le fait pas pour le plaisir, on le fait parce que c’est une source de progrès.Jean-Michel Blanquer

Une "instance" d'évaluation devrait même être créée, par le biais d'une loi, au premier trimestre 2019.

Davantage d'évaluations pour les établissements

Dans leur rapport, Régis Juanico et Marie Tamarelle-Verhaeghe reconnaissent que l'évaluation des établissements scolaires se heurte à une "réticence française culturelle" qu'ils jugent contre-productive :

Cette réticence vis-à-vis de l'évaluation conduit à ce que celle-ci se fasse "sur le trottoir", par le bouche-à-oreille, qui reste, par définition, le vecteur des rumeurs ou des approximations, souvent fondées sur les caractéristiques sociales des élèves.Extrait du rapport

Les rapporteurs proposent donc de rendre systématique, "tous les cinq ans ou après chaque changement de responsable", une "autoévaluation" dans chaque établissement scolaire. Ils estiment nécessaire de coupler ce diagnostic interne à une "évaluation externe".

Une évaluation en circuit fermée, réalisée par les seuls membres de la communauté éducative d'un établissement, s'exposerait au risque de complaisance.Extrait du rapport

Alors, qui pourrait mener cette évaluation externe ? Les députés évoquent des "experts chevronnés" (inspecteurs, cadres académiques...) mais aussi par des "tiers de confiance", comme des enseignants d'autres établissements (en activité ou en retraite), mais aussi des "parents d'élèves ou anciens élèves" ou encore des "chercheurs spécialisés".

"Aujourd'hui, la vision des parents est trop souvent déformée et basée sur des préjugés", analyse Régis Juanico, interrogé par LCP.fr. L'élu veut, avec ce mécanisme d'évaluation externe, "donner aux parents d'élèves des instruments" permettant de mieux comprendre la situation de l'établissement de leurs enfants.

Le député met en garde toutefois contre la tentation de "mise en concurrence" des collèges et des lycées. L'évaluation ne devra pas non plus entraîner un "jugement des capacités des enseignants" ou servir de base de calcul pour la mise en oeuvre d'une allocation financière différenciée selon les établissements.

Davantage d'évaluations pour les élèves

Conformément aux vœux du ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer, les élèves seront eux aussi plus souvent évalués : depuis la rentrée 2017, les élèves de sixième passent un test de compétences en français et en maths, sur support numérique.

Et depuis la rentrée 2018-2019, des évaluations - sur papier - ont lieu en début et en milieu de CP ainsi qu'en début de CE1. Un autre test, sur ordinateur, a lieu à l'entrée de la seconde.

Les rapporteurs se prononcent en faveur de ces évaluations, qui doivent permettre à l'Education nationale de "disposer d'outils qui soient à la hauteur" des études comparatives internationales, dont l'écho est grandissant.

La finalité de cette évaluation doit être pédagogique, elle doit faire progresser les acquis des élèves et faire évoluer les pratiques pédagogiques.Régis Juanico

Les deux rapporteurs proposent de mettre en place des "tests numériques" évaluant les "acquis des élèves en français et en mathématiques" au début de chaque cycle d'enseignement à l'école primaire et au collège, c'est-à-dire au CP, au CM1 et en 5e.

Moins d'évaluation "chiffrée"

Dans leur rapport, Régis Juanico et Marie Tamarelle-Verhaeghe défendent également une évaluation plus "positive" des élèves face à "l'approche 'traditionnelle' fondée sur la notation chiffrée et centrée sur la performance et le classement des élèves".

Jugée peu "fiable" par les rapporteurs, la note chiffrée "réduit le bien-être scolaire", selon eux. Même s'ils ne se prononcent pas en faveur d'une suppression pure et simple des notes, les deux députés prônent, notamment au collège, un "changement de paradigme" en faveur d'une évaluation par compétences (acquis, en cours d'acquisition, non acquis).

Cette évaluation doit, selon eux, prendre davantage en compte les "compétences psycho-sociales", la créativité et la capacité d'observation et d'analyse des élèves.