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Mouvement social

Gilets jaunes : le gouvernement rend des comptes après quatre mois de manifestations

Pendant plus de deux heures, Nicole Belloubet, Christophe Castaner et Laurent Nuñez ont répondu aux questions des députés sur les violences lors des manifestations des gilets jaunes. L'exécutif a dressé un bilan judiciaire exhaustif des peines prononcées et s'est expliqué sur les ratés du samedi 16 mars.
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Audition de Laurent Nuñez, Christophe Castaner et Nicole Belloubet par la commission des lois, présidée par Yaël Braun-Pivet (de gauche à droite) - © E. Mondin-Gava/LCPAudition de Laurent Nuñez, Christophe Castaner et Nicole Belloubet par la commission des lois, présidée par Yaël Braun-Pivet (de gauche à droite) - © E. Mondin-Gava/LCP

L'essentiel

Lors du dix-huitième samedi de mobilisation des Gilets jaunes, le 16 mars, le regain de violences sur les Champs-Élysées à Paris a suscité de vives réactions. Une semaine après le Sénat, l'Assemblée nationale a questionné l'exécutif sur les réponses sécuritaire et judiciaire apportées aux débordements.

Directement mis en cause, le ministre de l'intérieur Christophe Castaner s'est efforcé d'expliquer les "dysfonctionnements" qui ont conduit au limogeage de plusieurs hauts responsables, dont le préfet de Paris Michel Delpuech. Le "premier flic de France" a aussi mis en cause le directeur de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne, Frédéric Dupuch, qui aurait envoyé "il y a trois semaines (...) une instruction pour changer le type de cartouche utilisé avec les lanceurs de balle de défense sans en informer le préfet de police".

Autre raté, la protection des commerces au premier rang desquels le restaurant le Fouquet's, en partie détruit et mis à sac. Débordé par les manifestants, l'escadron chargé de protéger la zone n'a pas reçu les renforts qu'il aurait dû. "On n'a pas donné le bon ordre", regrette Christophe Castaner. Le gouvernement a depuis multiplié les interdictions de manifester sur les lieux sensibles, à Paris mais aussi à Bordeaux, Toulouse ou Nice.

Son secrétaire d'État Laurent Nuñez a fermé la porte à toute tentative de désescalade "face à des casseurs et des émeutiers". Il pointe le fait que "aucun pays ne pratique la désescalade face à des émeutiers". "Il ne faut pas avoir d'état d'âme quand il s'agit de rétablir l'ordre républicain", a-t-il encore insisté.

Nicole Belloubet a livré de nombreux chiffres sur la répression judiciaire depuis le début du mouvement des Gilets jaunes. Les tribunaux ont prononcé 150 cas de relaxe et classé 1 800 cas sans suite. Un même nombre d'affaires est en attente de jugement et 2 000 condamnations ont été prononcées. Sur ces condamnations, quatre sur dix ont font l'objet de peines de prison ferme.

Concernant les plaintes déposées contre les violences policières, la ministre en dénombre pas moins de 290. Cependant, il n'y a actuellement aucune poursuite engagée car "la plupart des enquêtes sont encore en cours".

Les principales vidéos

L'usage des lanceurs de balle de défense

Au cœur de la polémique depuis plusieurs semaines, en raison des blessures graves qu'ils peuvent provoquer, l'usage des lanceurs de balle de défense (LBD) a été revu à la baisse avant le 16 mars. Une consigne que ne semble pas avoir validé directement le ministre de l'Intérieur.

Selon Laurent Nuñez, les critiques et les recours judiciaires contre les LBD ont aussi "conduit à une forme de retenue" de la part des forces de l'ordre.

Le saccage du Fouquet's

Alors que vingt-cinq commerces des Champs-Élysées ont subi de lourdes dégradations le 16 mars, Christophe Castaner raconte comment le Fouquet's et le kiosque à journaux qui lui fait face ont pu être livrés aux mains des casseurs.

Pas de "désescalade" face aux casseurs

Face à face sur le cas Geneviève Legay

Ugo Bernalicis (LFI) a tenu à rendre un hommage appuyé à Geneviève Legay, une militante altermondialiste de 73 ans bousculée et blessée au crâne lors de la dispersion d'une manifestation à Nice.

Un point de vue que ne partage guère Christophe Castaner, qui rappelle que la manifestante a "violé la loi républicaine" en manifestant malgré une interdiction prononcée le jour même par la préfecture.

Peut-on être verbalisé pour le port d'un pull "RIC" ?

Le député Michel Zumkeller s'étonne que l'on puisse infliger une amende à des manifestants pour le simple port d'un pull sur lequel était écrit "Oui au RIC", comme cela a été le cas samedi 23 mars.

Une peine justifiée en droit selon Nicole Belloubet, qui rappelle les textes en vigueur.