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Sécurité

Gilets jaunes : "Les mouvances ultra sont aux premières loges pour faire déraper les manifestations"

Le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur Laurent Nunez a affirmé devant les députés que plusieurs membres de l'ultradroite ont été interpellés dans le cadre du saccage de l'Arc de Triomphe, le 1er décembre. Il a également assuré que la mouvance "survivaliste cherche effectivement à s'armer".
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LCP - AFP - Montage LCPLCP - AFP - Montage LCP

Les députés de la commission d'enquête parlementaire "sur la lutte contre les groupuscules d'extrême droite en France" ont auditionné jeudi matin le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur Laurent Nunez.

Le principe de cette commission avait été acté en décembre à la demande de La France Insoumise alors que plusieurs personnalités politiques dont Jean-Luc Mélenchon et l'actuel ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avaient fait l'objet de menaces de mort de la part d'un groupuscule d'extrême droite lors de la campagne pour les élections législatives de 2017.

"Les survivalistes cherchent à s'armer"

Laurent Nunez, ancien directeur général de la sécurité intérieure, a dressé un panorama des différentes mouvances d'extrême droite surveillées par l’État : les néonazis, les skinheads, les néopopulistes, les ultranationalistes et les identitaires.

Le secrétaire d’État a particulièrement mis l'accent sur ce qu'il a appelé les "survivalistes", qui revendiquent un principe d'auto-défense face à un péril islamiste supposé et "cherchent effectivement à s'armer" :

Ce sont des groupes qui, dans la clandestinité, se préparent au cas où notre pays tomberait dans l'islamisme et qui se préparent à pouvoir avoir une réaction violente (afin) de s'opposer à cette évolution des choses. Laurent Nunez

Ces mouvements ne peuvent être dissous qu'en cas de "menace" sérieuse de "troubles à l'ordre public" : "On ne peut (les) dissoudre seulement en raison de (leur) idéologie", a mis en garde Laurent Nunez.

Seuls les groupuscules ou les individus embrassant un socle commun raciste, antisémite, xénophobe, et qui sont porteurs d'un projet visant à attenter par la subversion violente à l'intégrité physique des personnes ou à la pérennité des institutions font l'objet d'une surveillance étatique.Laurent Nunez

Les actions de ces groupuscules, a précisé le secrétaire d’État, peuvent être des "violences volontaires", des "dégradations de biens privés" comme des "locaux d'associations pro-migrants" ou encore des "agressions racistes".

Dans certains cas les plus extrêmes, il peut s'agir de préparer des actions "de type terroriste", comme lors du projet d'attentat visant Emmanuel Macron en novembre dernier.

Le secrétaire d’État a par ailleurs avancé l'idée de changer la loi.

Selon lui, "il pourrait être utile d'avoir la possibilité d'engager des procédures de dissolution à l'encontre de structures qui n'auraient pas mis un terme aux agissements de ses membres" dès lors que ces derniers "se livreraient à des actions susceptibles de rentrer dans le champ de la loi qui permet la dissolution".

Arc de triomphe : des membres de l'ultradroite interpellés

L'audition a été l'occasion pour Laurent Nunez d'évoquer le mouvement des gilets jaunes au sein duquel sont présents des "militants des mouvances d'ultradroite et d'ultragauche" :

Ils sont généralement présents aux premières loges pour faire déraper ces manifestations entraînant dans leur sillage un nombre non négligeable de gilets jaunes.Laurent Nunez

Le secrétaire d’État a également confirmé "qu'ont été vus un certain nombre de militants de la mouvance d'ultradroite" lors du saccage de l'Arc de Triomphe le 1er décembre 2018. "Certains d'entre eux ont été interpellés", a-t-il affirmé.

"Poncifs antisémites"

Les échanges ont été marqués par l'interpellation du député UDI, Agir et indépendants Meyer Habib : l'élu a mis en cause La France Insoumise, jugeant que la décision de ne pas inclure les groupuscules d'extrême-gauche dans le périmètre de la commission d'enquête était la preuve d'une "hémiplégie intellectuelle".

Elle procède d'un biais idéologique persistant selon lequel certains groupes extrémistes types Black blocs ou Antifas mériteraient plus de compréhension...Meyer Habib

Selon le député des Français de l'étranger, il existerait même des "convergences entre groupuscules d'extrême droite et d'extrême gauche", notamment dans l'"utilisation de poncifs antisémites éculés pour dénoncer le système".

"Pour nous, l'essence et la nature (des deux mouvements) n'est pas la même", lui a répondu la présidente Muriel Ressiguier (La France Insoumise), pointant des "différences fondamentales".

Selon elle, les mouvements d'extrême droite, contrairement à ceux d'extrême fauche, sont marqués par "l'antisémitisme, la xénophobie, le racisme, l'homophobie, le sexisme et une stratégie de violence forte sur des individus".

Laurent Nunez a lui aussi repoussé l'hypothèse de Meyer Habib, évoquant des "antagonismes complets" au niveau idéologique malgré des "convergences dans le mode opératoire".

Mouvement BDS

Le secrétaire d’État a également évoqué le mouvement BDS, qui appelle à boycotter Israël : "Interdire les manifestations BDS place de la République comme il y en a souvent, juridiquement on considère que ce n'est pas possible", a-t-il affirmé, précisant travailler plutôt "sur les infractions pénales susceptibles d'être commises".

Avant d'avancer que, selon lui, "la frontière entre l'antisémitisme et l'antisionisme peut parfois être assez ténue".