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Gilets jaunes

"Gilets jaunes" : un coût pour l'Etat "modéré pour le moment", dit Bruno Le Maire

Le ministre de l'Économie et des Finances était auditionné, mercredi soir, par les commissions des Affaires économiques et des Finances sur les "conséquences économiques des manifestations violentes" des rassemblements de "gilets jaunes".
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Un gâchis financier, sauvé pour partie par une croissance économique plus solide que prévue. C'est l'enseignement de l'audition d'un peu plus d'une heure de Bruno Le Maire à l'Assemblée nationale, un ministre venu présenter, devant les députés, l'inventaire des conséquences financières des quatre mois de manifestations.

200 millions d'euros à la charge de l'Etat

Un coût de 200 millions d'euros qui reste "modéré", selon les mots du ministre de l'Économie et des Finances, pour ce qui concerne l'impact direct sur les finances publiques (dégâts sur la voie publique, heures supplémentaires pour les forces de l'ordre,...) mais qui ne comprend pas l'impact indirect sur les acteurs privés. La grande distribution assure par exemple avoir vu sa fréquentation baisser, avec la répétition de samedis de blocage, et son chiffre d'affaires diminuer de 2,5 milliards d'euros par rapport à 2017-2018. Tout aussi grave dans l'habillement, l'artisanat et les commerces de centre-ville, ceux-ci assurent avoir constaté des chutes de fréquentation importantes de -9% jusqu'à -30% voire -50% pour des artisans ou commerces dans les grandes métropoles.

De son côté, l'Insee chiffre l'impact sur le produit intérieur brut (PIB) des "gilets jaunes" à une diminution de 0,1 point de croissance au 4ème trimestre 2018 d'un PIB français estimé à 2 194 milliards d'euros. Une baisse similaire de 0,1 point de PIB est attendue au 1er trimestre 2019, selon les dernières estimations.

"Derrière le 0,1 à 0,2 point de PIB de croissance il y a la réalité de difficultés très sérieuses pour des secteurs entiers de notre économie"Bruno Le Maire, ministre de l'Economie et des Finances

Un impact redouté sur l'image de la France à l'international

Crainte prioritaire du gouvernement, réussir à conserver une bonne impression chez les acteurs économiques mondiaux. Le ministre de l'Economie juge que "ces images de violence abîment notre réputation et abîment la Nation française auprès des investisseurs étrangers et des touristes". Une détérioration qui arriverait au plus mauvais moment alors que la France reprend des couleurs, assure-t-il.

Pourtant, les perspectives 2019 restent bonnes

Si la France craint les conséquences économiques d'un mouvement aussi difficile à canaliser que celui des "gilets jaunes", et ses agents extérieurs qui s'y greffent, à l'international, les craintes sont toutes autres. Dans un contexte de ralentissement économique général, avec la guerre économique Etats-Unis/Chine et le fort ralentissement chinois, ajouté aux incertitudes du Brexit, le début de récession italien ou la forte baisse du secteur automobile allemand, la France ne se porte pas si mal. 55% de son PIB repose sur sa consommation intérieure. Beaucoup moins exposée aux fluctuations du commerce international, à la hausse comme à la baisse, la France devrait donc connaître selon l'Insee et la Banque de France une croissance de 1,3 à 1,4%, supérieure à la moyenne de la zone euro.

Un scénario inattendu que moque la députée de la France insoumise Sabine Rubin, celle-ci rappelant au ministre que le mouvement des "gilets jaunes" est à l'origine du geste gouvernemental d'une dizaine de milliards d'euros de pouvoir d'achat qui va, peut-être, justement tirer la croissance française.

Répondant enfin aux inquiétudes des députés, Bruno Le Maire a annoncé vouloir demander aux assureurs de ne pas augmenter leurs primes d'assurance, suite aux dégâts matériels et humains de leurs assurés. "Je pense que les assurances ont suffisamment de réserves", a assuré, confiant, le ministre. Comme lors de son audition au Sénat, Bruno Le Maire a promis que Bercy et le Fisc sauraient se montrer compréhensifs pour les entreprises en difficulté. Reste cependant à savoir jusqu'à quand vont durer les samedis de mobilisation ?