twitter facebook chevron-right
élection présidentielle de 2017

La fragile victoire d’Emmanuel Macron

Le succès net du candidat d’En Marche ! ne doit pas masquer la faible adhésion autour de son projet.
3 min
Emmanuel Macron s'exprime après sa victoire à la présidentielle française, le 7 mai 2017 à ParisEmmanuel Macron s'exprime après sa victoire à la présidentielle française, le 7 mai 2017 à Paris


Le score est flatteur. Net, sans bavure. Il s'élève même au-delà de ce que les sondeurs avaient prévu. Avec 65,5 % des voix, Emmanuel Macron a bel et bien réussi son pari. Un pari fou que bien peu d'observateurs auraient pu prévoir il y a encore six mois. Au soir du second tour, les ménages aisés, diplômés, cadres, jeunes et retraités ont massivement voté pour lui. Les électeurs de Benoît Hamon également (71%), loin devant ceux de Jean-Luc Mélenchon (52 %), François Fillon (48 %) et de Nicolas Dupont-Aignan (27 %), selon une étude de notre partenaire Ipsos-Sopra-Steria.

Et pourtant? Contrairement à ses prédécesseurs, le nouveau président ne pourra pas compter sur le moindre état de grâce. En témoigne notamment l'explosion des votes blancs et nuls lors de ce second tour. Ils représentent pas moins de 11,47 % des suffrages exprimés, soit 4,2 millions de votes : un record sous la Ve République.

Si l'on y ajoute les 12 millions d'électeurs qui se sont abstenus, ce sont donc plus de 16 millions de Français qui n'ont pas trouvé leur candidat, dimanche. Une statistique qui relativise quelque peu le score flatteur du président élu. Et qui fait du second tour davantage un vote anti-Le Pen qu'un vote d'adhésion pour le leader d'En Marche !

Le difficile pari de la majorité

En effet, selon l'étude Ipsos-Sopra-Steria, 43% des électeurs d'Emmanuel Macron au second tour ont voté pour lui dans le but de faire barrage à la présidente du Front national, et un tiers parce qu'il incarne le renouvellement. Loin derrière, le programme d'Emmanuel Macron n'a motivé que 16% des votes et sa personnalité encore moins (8%). Président par défaut ?

L'étude Ipsos-Sopra-Steria laisse entrevoir les difficultés auxquelles le nouveau chef de l'État devra faire face. À commencer par la majorité qu'il va devoir constituer à l'issue des législatives des 11 et 18 juin. Pour l'heure, elle est introuvable. Les jours qui viennent seront décisifs. Si Emmanuel Macron a su rallier quelques politiques à gauche, ils sont peu, à droite, à avoir franchi le Rubicon. Alors, Emmanuel Macron saura-t-il conquérir une majorité avec son seul mouvement En Marche ? Rien n'est moins sûr. À la question posée par Ipsos : "S'il est élu président de la République, souhaitez-vous qu'Emmanuel Macron dispose d'une majorité absolue de députés à l'occasion de ces élections législatives ?", seuls 39% répondent "oui". Ils sont donc 61% à ne pas souhaiter que le nouveau président obtiennent une majorité absolue ! Les Français seraient-ils mûrs pour une nouvelle cohabitation ?

Dans un discours empreint de solennité, dimanche soir, Emmanuel Macron a assuré les Français qu'il avait reçu le message cinq sur cinq. "Il est de ma responsabilité de les entendre en protégeant les plus fragiles, en luttant contre toutes les formes d'inégalités ou de discrimination", a-t-il lancé. Au Louvre, plus tard dans la soirée, il a lancé à ses supporteurs : "J'ai besoin de vous !" Plus que jamais. Dès demain.

Regardez le discours intégral d'Emmanuel Macron, dimanche soir après l'annonce de sa victoire :

Regardez le second discours d'Emmanuel Macron, dimanche soir, sur l'Esplanade du Louvre :