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Privatisation

Privatisation des aéroports : Toulouse a "essuyé les plâtres", reconnaît la Cour des comptes

Dans un rapport très attendu, la Cour des comptes passe en revue la vague de privatisations des aéroports régionaux engagée depuis 2015. Si l'État a vendu à chaque fois à bon prix, les pratiques de l'actionnaire chinois à Toulouse, gourmand en dividendes, posent question.
4 min
AFPAFP

Des leçons pour l'avenir ? À la veille de la privatisation des aéroports de Paris, la commission des finances a auditionné mardi la magistrate de la Cour des comptes qui lui a rendu, à sa demande, un bilan de la privatisation des aéroports régionaux. L'État a effet cédé la majorité de ses parts dans les aéroports de Toulouse, Lyon et Nice depuis 2015.

En soi, la Cour des comptes souligne que les ventes des actions ont constitué une affaire financière plutôt profitable à l'État. Chaque fois, les ventes se sont faites dans la fourchette haute de ce genre de transactions, avec des valorisations allant de 18 à 22 fois le résultat avant impôt.

Sans se prononcer sur l'opportunité de continuer cette politique de privatisations, la magistrate Catherine de Kersauson rappelle que les aéroports sont des "actifs sûrs et rentables à long terme".

Pas étonnant donc que leurs ventes aient aiguisé les appétits des investisseurs privés :

Si, à court terme, l'opération paraît positive, la magistrate rappelle qu'elle manque toutefois de recul "avant de tirer un bilan financier global". Cest donc beaucoup trop tôt pour savoir si l'État a bien fait de vendre ses bijoux de famille.

Une situation "ambigüe et instable" à Toulouse

Dans le détail, la Cour des comptes délivre un carton jaune à la privatisation de l'aéroport Toulouse-Blagnac. Outre des failles dans la procédure - dans son appel d'offre, l'Agence des participations de l'État n'a pas exigé de compétence particulière dans la gestion aéroportuaire -, la gouvernance de l'entreprise est aujourd'hui jugée "ambigüe et instable" :

En effet, le nouvel actionnaire chinois, formé par le groupe Shandong High Speed et
le fonds d'investissement hongkongais Friedmann Pacific Asset Management, détient 49,99% du capital. Par l'effet d'un pacte d'actionnaire avec l'État français, qui détient encore 10,01% des parts, le consortium chinois gouverne de fait la stratégie de l'entreprise.

Un entre-deux qui ne satisfait personne, explique la Cour des comptes, d'autant plus que l'État a annoncé qu'il ne vendrait pas le reste de ses parts au Chinois l'année prochaine.

Ce nouvel actionnaire est de plus accusé de "vider les caisses", rappelle Valérie Rabault (PS) :

Dès son arrivée aux manettes en 2016, le nouvel actionnaire a tenté de ponctionner les réserves de l'aéroport, en souhaitant verser 40 millions d'euros de dividendes. Soit quatre fois le résultat net du groupe à l'époque !

Devant la forte opposition des autres actionnaires - les collectivités locales -, le Chinois n'a finalement versé "que" 20 millions d'euros. Cette année encore, il a décidé de reverser l'équivalent de 100% du résultat net, soit 13,8 millions d'euros.

Avant la privatisation, la pratique du conseil de surveillance était de limiter le versement des dividendes à 50% des bénéfices, afin de mettre le reste en réserve.

"On a essuyé les plâtres"

Si la Cour des comptes estime que les procédures se sont améliorées lors des ventes de Nice-Côte d'Azur et de Lyon-Saint-Exupéry, elle reconnaît in fine que cette vague de privatisation a surtout permis de tirer les leçons pour la suite :

Parmi les recommandations pour améliorer les procédures, la Cour recommande notamment qu'un membre de la Direction générale de l'aviation civile soit présent au conseil de surveillance des aéroports privatisés. Elle demande également que le cahier des charges soumis aux candidats soit renforcé et de faire en sorte que le non-respect des engagements (en matière industrielle, sociale ou environnementale) soit sanctionné.

Toujours dans le cas toulousain, les élus de la métropole affirment que le consortium chinois s'était engagé à "financer certains de ses projets" (nouveau métro, nouveau parc des expositions). Une promesse en l'air...