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Santé

Selon Martine Wonner (LaREM) la psychiatrie en France est "sous" et "mal financée"

Dans les conclusions de sa mission "flash", l'élue La République en Marche dénonce un manque de réactivité du système de soins et envisage la possibilité de rembourser les psychothérapies réalisées par des psychologues libéraux.
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AFP - montage LCPAFP - montage LCP

"Comment est-il possible que la psychiatrie soit à ce point en difficulté en France, alors que le budget qui y est consacré est si important ?" C'est à cette question que tente de répondre ce mercredi la députée La République en Marche Martine Wonner.

Psychiatre de profession, l'élue du Bas-Rhin rend les conclusions de sa mission "flash" sur le financement de la psychiatrie, lancée en décembre 2018.

Alors qu'"un Français sur cinq souffrira de troubles mentaux et/ou sera en souffrance psychique à un moment de sa vie", Martine Wonner affirme que "les moyens dédiés à la psychiatrie et surtout la manière dont ils sont alloués ne permettent pas de répondre de façon satisfaisante aux besoins de la population".

"Absence de priorité politique"

En 2016, les maladies psychiatriques et les traitements chroniques par psychotropes ont coûté 23 milliards d'euros à l'assurance maladie, soit 14% des dépenses. Mais, précise la députée, le "coût informel des maladies mentales pour notre société" (impact sur la productivité, sur la qualité de vie des malades et des proches aidants) est évaluée à "près de 85 milliards d'euros".

La psychiatrie 'hospitalière' souffre aujourd'hui à la fois d'un sous-financement et d'un mal-financement qui ne permettent pas l'adéquation de l'offre aux besoins. Communication de la mission flash

Alors que l'Objectif national de dépenses d'assurance maladie (Ondam) a augmenté de 2,2% par an entre 2012 et 2015, les dépenses liées aux établissements psychiatriques ont augmenté seulement de 0,8% par an, précise Martine Wonner. Ce décrochage, écrit la députée, s'explique par "l'absence de priorité politique donnée à ce secteur pendant de nombreuses années".

Des dotations comblant les déficits des hôpitaux

L'élue pointe du doigt "l'obsolescence et l'inefficacité" des modalités du financement aussi bien des hôpitaux publics que privés.

La dotation annuelle de financement (DAF) des hôpitaux publics est, de fait, une enveloppe "totalement statique" : elle ne prend, écrit la députée, ni en compte "les activités nouvellement développées par les établissements", ni les évolutions "démographiques, sociales et économiques des populations prises en charge". Résultat, les "très fortes disparités territoriales" sont pérennisées :

En 2015, la DAF par habitant de la région Centre-Val-de-Loire était inférieure d'un tiers à celle de la région Bretagne.Communication de la mission flash

Selon Martine Wonner, cette dotation annuelle est "une boîte noire" car il est "difficile de retracer avec précision ce qu'elle finance". Tout cela a une conséquence : elle peut "servir de "variable d'ajustement", notamment pour "combler le déficit d'un hôpital".

Seaux hygiéniques

Ce "sous-financement" et ce "mal-financement" ont évidemment des "effets délétères sur la qualité de la prise en charge et sur les conditions de travail des professionnels de santé". En effet, "des lits ont été fermés mais les moyens n'ont pas forcément été redéployés vers l'ambulatoire", c'est-à-dire vers un système permettant au patient de sortir rapidement de l'hôpital dans de bonnes conditions.

Martine Wonner dénonce également "un manque d'investissement" dans les infrastructures :

Les bâtiments de psychiatrie sont souvent les derniers reconstruits dans le cadre des programmes d'investissement hospitalier.Communication de la mission flash

L'élue évoque des "conditions d'hébergement parfois indignes" : "On peut trouver encore des seaux hygiéniques dans les chambres d'isolement."

Manque de réactivité

Autre difficulté : l'absence de réactivité du système de soins. Les listes d'attentes des centres médico-psychologiques sont de trois mois en moyenne pour les adultes "et bien plus pour les enfants et les adolescents". La pédopsychiatrie est particulièrement touchée puisque "les délais avoisinent le plus souvent un an".

Dans les centres experts ou ressources, il faut parfois trois ans d'attente pour obtenir une consultation. Communication de la mission flash

"Or, écrit Martine Wonner, une prise en charge précoce des troubles est essentielle." La députée ajoute que l'accueil "souvent inadapté aux urgences" mais aussi le "manque de moyens dédiés à la prévention" ou encore le "manque de lits d'hospitalisation dans certains territoires" conduisent à un abus du recours à l'hospitalisation sous contrainte.

Réforme substantielle

Élue de la majorité, Martine Wonner n'oublie pas d'adresser un satisfecit au gouvernement, évoquant notamment la décision de la ministre de la Santé Agnès Buzyn de "préserver le budget de la psychiatrie à partir de 2018".

Toutefois, la députée affirme qu'il est nécessaire de réaliser une "réforme substantielle" du financement de la psychiatrie hospitalière. La députée préconise un "virage inclusif" en favorisant la prévention. Elle prône également un meilleur financement de l'innovation et la mise en œuvre d'un système de financement "mixte".

Ce financement des établissements pourrait se baser sur plusieurs "compartiments", qui prendraient en compte tour à tour la population concernée, le développement d'activités nouvelles et des indicateurs de qualité. Un compartiment pourrait également "favoriser la réactivité". Des enveloppes spécifiques pourraient aussi être dédiées aux activités "inter-régionales" mais aussi "infra-régionales".

La transformation de l'offre nécessitera un investissement de départ et un fort accompagnement des établissements.Communication de la mission flash

Martine Wonner évoque également la possibilité de rembourser "sous conditions" les "psychothérapies réalisées par des psychologues libéraux". Elle propose enfin la création d'un délégué interministériel à la santé mentale.

Chahutée devant les caméras

Les propositions de Martine Wonner risquent d'être scrutées par les professionnels du secteur, qui s'étaient mobilisés le 22 janvier dernier à l'occasion d'une journée d'action nationale pour la psychiatrie publique.

À quelques encablures de l'Assemblée nationale et devant les caméras de LCP, la députée de la majorité avait alors été prise à partie par ces manifestants venus réclamer davantage de moyens.