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Immigration, retraites, municipales : ce qu’a dit Emmanuel Macron à la majorité

Devant les parlementaires réunis lundi soir, le président de la République a fixé les grandes lignes de la deuxième partie du quinquennat. Face au risque de division, il a appelé les marcheurs à rester unis pour les élections municipales. Le chef de l'État a aussi estimé qu'il fallait "prendre le temps" sur les retraites et assumé de rouvrir le débat sur l’immigration et le droit d’asile.

Une heure pour remobiliser ses troupes. C'est le temps qu'a consacré Emmanuel Macron aux nombreux députés, sénateurs et ministres présents lundi soir au ministère des Relations avec le Parlement alors que la session extraordinaire s’est ouverte la semaine dernière à l’Assemblée nationale. Après avoir salué chaleureusement Richard Ferrand (présent) et adressé une pensée à François Bayrou (absent), deux piliers de la majorité cités dans des affaires judiciaires, le chef de l'État est tout de suite rentré dans le vif des sujets qui attendent sa majorité.

Sur la méthode d'abord. Après une année rude pour le pouvoir, placée sous le signe de la contestation des Gilets jaunes, le président de la République a plaidé pour l'humilité, tout en gardant le souci de réformer le pays :

"Nous devons nous garder de toute arrogance, et nous garder de la prudence qui mène à l'immobilisme" Emmanuel Macron, le 16 septembre 2019

Selon lui, les causes du mécontentement sont toujours là : "Nous sortons d'une crise politique sociale profonde. L'expression symptomatique d'un mal très profond qui est encore gros dans la société. Il faut être précautionneux, a-t-il répété. Plusieurs catégories de la population restent nerveuses."

Aussi, il a mis en garde ses soutiens contre le "vent de travers" qui continue de souffler sur les réformes mises à l'agenda.

Retraites, priorité de l'année

À commencer par le dossier chaud de la réforme des retraites, sur lequel l'exécutif veut éviter tout sentiment de précipitation. Il faudra "faire des choix. Nous aurons des discussions sur les professions pour qui il y a des régimes spéciaux", a-t-il estimé, mais "peut-être faudra-t-il plus de temps. Il ne faut rien fermer, ne rien fermer trop tôt."

Il a par ailleurs appelé les députés et sénateurs à mieux expliquer et prendre leur temps sur la réforme des retraites, sans pour autant reculer. "On négociera tout ce qu'il faut, on fera en sorte qu'il n'y ait pas de perdant", a abondé Bruno Millienne (MoDem) à la sortie du ministère.

Asile et immigration, l'acte II ?

Comme annoncé depuis plusieurs jours, Emmanuel Macron a aussi voulu mettre la priorité sur le "régalien", autrement dit la sécurité et l'immigration. Alors que la loi asile et immigration a été votée il y a dix-huit mois et qu'un débat sans vote est prévu sur le sujet le 30 septembre à l'Assemblée nationale, il a souligné que "les flux d'entrée n'ont jamais été aussi bas en Europe et les demandes d'asile jamais aussi hautes en France".

Selon un des participants, le président de la République a notamment dénoncé des pays qui ont développé de "manière industrielle" des réseaux de demandeurs d'asile, alors même que la France délivre des visas à leurs ressortissants.

Je crois en notre droit d'asile, mais il est détourné de sa finalité par des réseaux, des gens qui manipulent. Si nous le regardons pas en face, nous le subirons. Cela donne quoi ? Des quartiers ou le nombre de mineurs non accompagnés explose.Emmanuel Macron, le 16 septembre 2019

Un discours plus ferme sur l'immigration, censé lui permettre de renouer avec l'électorat populaire, davantage acquis au Rassemblement national : "La question est de savoir si nous voulons être un parti bourgeois ou pas. Les bourgeois n'ont pas de problème avec cela [l'immigration, NDLR] : ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec", a-t-il souligné.

"La gauche n'a pas voulu regarder ce problème pendant des décennies. Les classes populaires ont donc migré vers l'extrême droite", a-t-il encore asséné. Un discours assumé et relayé par des députés de la majorité (voir vidéo en une).

Municipales : gare à la "division"

Aller chercher l'extrême droite sur l'un de ses thèmes de prédilection ? Le président de la République ne s'en cache pas : "Vous n'avez qu'un opposant sur le terrain : c'est le Front national [devenu Rassemblement national, ndlr]."

Face au scrutin test des municipales et au besoin d'"enracinement" du parti, le chef de l'État s'est même improvisé directeur de campagne en appelant sa majorité à l'union : "Ce qui est mortel en politique, c'est la division", a-t-il lancé alors que Cédric Villani, candidat dissident LaREM à Paris face à Benjamin Griveaux, était présent dans le public.

Pas de quoi cependant perturber le député mathématicien, qui reste membre de La République en marche et qui maintient vouloir "continuer sa campagne".

Des parlementaires invités à "moins amender"

Face à ses troupes, Emmanuel Macron a par ailleurs estimé que les parlementaires devaient "amender moins" et "aller plus sur le terrain".

Une invitation appréciée diversement dans les rangs de la majorité. "Le terrain, on y est déjà beaucoup...", souffle un député qui laboure sa circonscription. "Le président nous invite à continuer le travail, mais à être plus dans la mise en oeuvre, à vérifier le déploiement des réformes sur place", interprète un autre.