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Le mode d'emploi du Pass culture dévoilé

Promesse de campagne d'Emmanuel Macron, le Pass culture va prendre la forme d'une application et d'un crédit de 500 euros à dépenser dans le secteur culturel. L'équipe chargée de son élaboration a présenté la première version du pass, qui va évoluer au gré d'une phase d'expérimentation en 2019. Des précisions sur le financement, qui repose largement sur le secteur privé, ont été apportées.

À quoi va ressembler le Pass culture ? Les députés ont pu découvrir mercredi la présentation de la première mouture de cette application, qui va être testée par 10 000 jeunes l'année prochaine dans le Bas-Rhin, le Finistère, la Guyane, l'Hérault et la Seine-Saint-Denis. En quelques clics, ils pourront réserver la visite d'un musée, acheter une place de théâtre, s'abonner à des offres musicales ou même s'offrir des jeux vidéo.

Ce porte-monnaie virtuel, crédité de 500 euros, doit à terme être offert à toutes les personnes âgées de 18 ans, soit environ 800 000 jeunes par an. La durée de validité du Pass culture, tout comme sa généralisation, ne sont pas encore connues.

Une application à l'opposé d'Amazon ?

L'ambition du Pass culture est censée traduire la volonté du président de la République de sortir des "assignations à résidence", y compris culturelles, dans lesquels seraient enfermées les classes les plus défavorisées. Un projet ambitieux, mais qui s'est soldé par un bilan en demi-teinte en Italie, où un projet similaire a été porté par Matteo Renzi. Et le débat a été vif à l'Assemblée lors du vote des premiers crédits de cette mesure.

Les créateurs français du Pass espèrent néanmoins proposer un large éventail de choix aux utilisateurs, y compris en allant à rebours de leurs préférences :

On va essayer d'utiliser le meilleur de l'intelligence artificielle pour faire l'inverse de ce que fait Amazon. Frédéric Jousset, chargé du pilotage du groupe de travail sur le Pass culture

Les choix seront présentés de manière thématique et géolocalisée par un algorithme, qui doit permettre au jeune de faire des "pas de côté".

"Si vous achetez un roman policier sur Amazon, on vous propose ensuite un roman policier, parce qu'on en déduit que c'est ce que vous aimez. Chez nous, si vous achetez un roman policier trois fois, la quatrième fois on vous propose une pièce de théâtre, un film policier, le musée de la police... On va essayer de vous faire faire des choses auxquelles vous n'avez pas pensé", promet Frédéric Jousset, chargé du pilotage du groupe de travail sur le Pass culture.

Par ailleurs, les montants à dépenser sur les services numériques, type plateforme de vidéos à la demande ou site d'écoute de musique, seront limités à hauteur de 200 euros pour inciter à la découverte de la diversité des offres.

Pas encore de "réponse idéale" sur le financement

La deuxième critique, qui est revenue en boucle de la part de certains députés, repose sur la nature du financement du Pass culture. D'un coût théorique de 400 millions d'euros par an, les créateurs promettent que la force de frappe d'un marché de 800 000 jeunes par an permet de négocier des rabais, d'en moyenne 50%, avec les "offreurs culturels".

Ainsi, si un jeune débourse virtuellement 60 euros pour s'abonner à un journal, l'agence en charge du pass pourrait ne pas avoir à dépenser un seul centime. Les médias, les plateformes ou les institutions culturelles préférant en effet miser sur la création d'une habitude de consommation à long terme plutôt que sur un bénéfice à court terme.

L'État devrait à terme financer à hauteur de 100 millions d'euros par an le Pass culture. Le choix de faire reposer le reste du financement par des partenariats et du mécénat est assumé au nom de la baisse de la dépense publique. Toutefois, Éric Garandeau, chargé de l’ingénierie juridique et financier du projet, a tenu à rassurer sur le fait qu'il existait "une muraille de Chine" entre les financeurs privés et l'offre éditoriale. "Il n'y aura aucun lien entre les partenariats financiers et la mise en avant des offres", a-t-il assuré.