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Le monde pénitentiaire à bout de souffle ?

Les principaux syndicats de surveillants pénitentiaires ont brossé un sombre tableau de la situation dans les prisons, quatorze mois après un conflit social très dur. Tous plaident pour revaloriser le métier, qui peine considérablement à recruter.

Déconsidérés, agressés, sous-payés... Devant la commission d'enquête sur les moyens des forces de sécurité, les surveillants de prison ont fait part jeudi du mal-être de leur profession. "C'est notre métier de se faire insulter toute la journée, mais il faut aussi nous apporter des réponses...", résume Joseph Paoli, secrétaire national adjoint du syndicat pénitentiaire des surveillants (SPS).

En janvier 2018 déjà, un front syndical uni avait mené la contestation pendant 15 jours, en réaction à l'agression de quatre surveillants par un détenu radicalisé à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais). Les promesses obtenues auprès du ministère de la Justice, tant sur le volet statutaire que sécuritaire, leur semblent désormais lointaines.

Surtout, l'attaque terroriste par un détenu et sa compagne à Condé-sur-Sarthe le 5 mars, qui a entraîné la blessure de deux surveillants, a ravivé les plaies d'un personnel à bout de nerfs.

Aujourd'hui, nous sommes en face d'une population carcérale qui a totalement changé. À l'image de ce qu'est devenue la société, cette population est particulièrement vindicative, réfractaire à l'autorité et fait de la violence un moyen de communication.Wilfried Fonck, secrétaire national "UNSA Justice"

Les agressions seraient même quotidiennes selon le représentant de l'UNSA Justice, qui en dénombre en moyenne douze par jour.

Malgré le risque d'un nouveau conflit, la ministre Nicole Belloubet ferme pour l'instant la porte à l'une des principales revendications syndicales, qui porte sur le passage des surveillants de la catégorie C de la fonction publique à la catégorie B.

Des candidats recrutés avec "deux de moyenne"

L'audition devant les députés a aussi été l'occasion de révéler la crise du recrutement qui frappe le métier. Si celui-ci suscite de fait moins de vocations que la police ou les pompiers, Dominique Gombert, secrétaire général adjoint FO Pénitentiaire, indique que seul un inscrit sur quatre au concours de l'École nationale d'administration pénitentiaire (ENAP) se présente aux épreuves.

À tel point que certains candidats sont recrutés avec "deux de moyenne", assure le syndicaliste. Il dénonce également la réduction des temps de formation et les difficultés qu'ont les surveillants stagiaires à se loger lors de leur première affectation, la plupart du temps en région parisienne.

Des témoignages qui pourraient inspirer le rapporteur Christophe Naegelen (UDI, Agir et Indépendants) et le président Jean-Michel Fauvergue (LaREM), absent à l'occasion de cette audition, lors du rendu des travaux de la commission d'enquête.