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Manifestations : la stratégie du nouveau préfet de police de Paris

Nommé après les pillages des Champs-Élysées le 16 mars, Didier Lallement a longuement exposé sa conception du maintien de l’ordre, jeudi à l’Assemblée nationale. Une discussion sans langue de bois où tous les sujets furent évoqués, même les plus prosaïques...
"Il est évident qu'il y a aujourd'hui un décalage culturel complet entre des manifestants qui sont dans l'ère du numérique et notre système..." Parole de préfet, les autorités, "bardées de certitudes", ne sont plus à la page. Dans le viseur de Didier Lallement : la façon dont la police procède aux sommations pour disperser une manifestation.

"Aujourd'hui, on a un commissaire avec son écharpe tricolore qui fait les sommations... Spontanément, tout le monde pense que c'est un élu, ce n'est pas parlant pour les manifestants qui sont tous collés à leur smartphone...." explique le préfet. Pour corriger le tir, la puissance des mégaphones vient d'être augmentée mais, "à l'évidence", ce sera pas suffisant. "Je ne dis pas qu'on va faire des sommations par voie de smartphones...", s'amuse Didier Lallement, soucieux de trouver la parade.

Priorité à "l'absolue mobilité" des forces de l'ordre

Au-delà de cette question qui peut paraître anecdotique, le préfet de police de Paris assume un véritable changement de tactique dans la doctrine de maintien de l'ordre dans la capitale. Place, désormais, à une "absolue mobilité" et au concept de l'"autonomie tactique". Sans attendre les instructions du poste de commandement, les fonctionnaires et militaires qui se verront confier un périmètres d’intervention, pourront intervenir s'ils le jugent utiles. Plus question de voir à l'avenir des forces de l'ordre passives. "Le but est de faire cesser les troubles", assume Didier Lallement :

Le préfet reconnaît que ses troupes - fonctionnaires ou militaires -, sont "fatigués physiquement", mais, assure-t-il, "pas moralement" :

Mais les autorités disposent-elles des moyens humains nécessaires pour assurer le maintien de l'ordre, alors que les manifestations, longues et éprouvantes, durent depuis plus de vingt semaines ? À cette question, Didier Lallement s'est fait très clair : "Quand vous avez un policier pour deux manifestants, vous n'êtes pas dans une situation de maintien de l'ordre particulièrement difficile..."

Les Bac formées au maniement des LBD

En revanche, les pratiques, parfois violentes des manifestants, posent de sérieux problèmes aux forces de l'ordre. Le préfet souhaite obtenir "des matériels plus pertinents, plus efficaces et plus modernes". Par souci d'efficacité, il a décidé de mieux intégrer les brigades anti-criminalité dans le dispositif de maintien de l'ordre. Ces unités mobiles seront désormais "moins autonomes" et grossiront les effectifs des unités anticasseurs baptisées BRAV (brigades de répression de l'action violente). Une façon aussi, reconnait le préfet, de réduire les risques de bavures pour les Bac qui ne sont pas initialement affectées au maintien de l'ordre. Leurs troupes ont été formées, comme les autres forces, durant six heures, au maniement du LBD, ce lanceur de balle de défense qui a mutilé plusieurs manifestants depuis le 17 novembre. Objectif assigné par Didier Lallement : "Que l'ensemble des gestes professionnels soient mieux maitrisés".


Enfin, dans des mots choisis, le préfet a évoqué un aspect méconnu du maintien de l'ordre depuis plusieurs mois : les jets d'excréments dont ont été victimes les forces de l'ordre durant les manifestations, une pratique maintes fois dénoncée par les syndicats de policiers.



(Avec Aurélien Meslet)