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Retour à la vie professionnelle : le "sombre constat" des anciens députés

Si les anciens ministres et les poids lourds du Parlement retrouvent facilement un emploi, il n'en est pas de même pour les anciens députés lambda. Deux associations d'anciens élus appellent jeudi à un véritable accompagnement des élus sortants.

La presse se fait régulièrement l'écho des politiques qui rebondissent rapidement dans le secteur privé : François Fillon dans la finance (Tikehau Capital), Najat Vallaud-Belkacem dans les sondages (Ipsos), Nathalie Kosciusko-Morizet dans le conseil (Capgemini)... Certains se recyclent même dans les médias, comme Roselyne Bachelot sur LCI ou Sébastien Pietrasanta sur BFMTV. Ils ne sont que la partie émergée de l'iceberg, car une partie non négligeable des anciens députés, battus ou retirés de la vie politique, ont souvent du mal à retrouver un emploi.

Des députés battus davantage soutenus ?

Selon Émile Blessig, le président du groupe des anciens députés, seule une trentaine de députés battus ou ayant décidé d'arrêter la politique en 2007, avaient sollicité une allocation pour retourner dans la vie professionnelle. En 2017, ce chiffre a triplé, amplifié par le renouvellement sans précédent des trois-quarts des sièges au Palais Bourbon.

Émile Blessig prédit même un nombre croissant de "jeunes anciens députés" dans les années avenir, avec la réduction annoncée du nombre de parlementaire et le non-cumul des mandats dans le temps.

Auditionné jeudi par le groupe de travail chargé de plancher sur le statut des députés, l'ancien élu UMP (1998-2012) plaide pour l'accompagnement des députés dans leur retour à la vie professionnelle, au moins un an avant la fin de leur mandat. Bilan de compétence, mise en place de conseils, cellule de reclassement, mise à disposition de coachs... Les anciens députés réclament des outils de reconversion :

"Il apparaît équitable que ceux qui ont consacré plusieurs années à leur fonction, et ayant de ce fait quitté leur profession, puissent bénéficier d'un soutien comparable à celui d'un salarié dans le cadre d'un plan de sauvegarde pour l'emploi lorsqu'ils ne sont pas réélus." Émile Blessig, président du groupe des anciens députés

Un besoin d'autant plus pressant que Pôle emploi ne sait que faire de ces élus sur le marché du travail, confirme sa collègue Catherine Coutelle, députée socialiste pendant dix ans. Même le retour dans le public, automatique pour les fonctionnaires qui ont demandé une mise à disposition, n'est pas toujours idéal après cinq ou dix ans passés loin du quotidien de son poste d'origine...

Bien sûr, il ne s'agit pas de "pleurer sur le sort des députés", reconnaissent les deux vétérans de l'Assemblée, mais simplement de "préserver la dignité de la fonction". Il faut dire que sur depuis plusieurs législatures - certains scandales aidant -, les députés ont revu à la baisse nombre de leurs avantages (retraites alignées sur le régime général, fin du transport ferroviaire gratuit, encadrement des frais de mandats). Ils plaident donc pour faire des anciens élus des demandeurs d'emploi comme les autres... à condition que les employeurs ne se fient pas, simplement, à l'étiquette.